Pngwng Cru est le groupe de trap palestinien à suivre

Les Sad Boys du Moyen-Orient

bySarah Ben Romdane

Depuis leur appartement à Haifa, en Israël,  Pngwng Cru (,prononcé Penguin Crew et composé de Bassem Bahouth et de Farouk Khawany), est l’un des premiers groupes de trap  arabe dans la région. Leur but est simple : « foutre la merde », dit Bahouth, 22 ans, leader et producteur du groupe.

 

 

Inspirés par des artistes comme Kid Cudi (mais également influencés par le rock, le jazz ou le blues), les garçons ont commencés à faire de la musique ensemble il y a à peu près trois ans, après avoir réalisé qu’il n’y avait pas de chanteurs ou rappeurs arabes contemporains qui les représentaient véritablement.

 

Ce groupe « DIY » a sorti ses deux premiers albums sur SoundCloud en moins de six mois. « Le premier album est essentiellement centré sur la dépression », dit Bahouth, faisant référence aux paroles autotunées, et aux  sonorités cosmiques (bien que finalement assez sombres).

 

 

Depuis, Pngwng Cru a sorti un EP en collaboration avec le collectif parisien LTR Worldwide et signé avec un label indépendant de Los Angeles, Point Records. Leur identité trap, obscure et mélancolique, n’est pas la seule chose qui les distingue des autres artistes de la région. En effet, c’est leur rapport à la langue qui est absolument révolutionnaire. En tant que pionniers Moyen Orientaux du langage trap arabe, ils ont donné le La et définis les standards du genre musical florissant. « Les arabes sont d’ordinaire assez pudiques lorsqu’il s’agit de s’ouvrir à autrui. L’usage que je fais des mots est si honnête, cru et fidèle à ce que je ressens. » affirme Bahouth. Et c’est surement pour cela qu’ils se sont nommés les « pingouins » comme ils nous l’expliquent « Les pingouins sont des animaux qui aiment vivre dans le froid, le climat du moyen orient leur est très inconfortable. C’est presque un instinct animal, et nous, en tant qu’arabes alternatifs, personne ne nous comprend. Nous sommes une minorité en voie d’extinction. »

 

 

Ayant grandis avec la nationalité Israélienne, Bahouth et ses acolytes sont allés à l’école arabe,  où ils ont uniquement fréquentés d’autres enfants arabes. Cependant, il a récemment eu la chance de séjourner en Allemagne, où il a étudié et produit de la musique. «  J’ai réalisé que la ségrégation en Israël était réelle quand je suis revenu. J’ai du abandonner l’université, parce que j’étais incapable de me trouver un appartement avec Bassem comme prénom. On ressent la division même dans le skate-park» affirme-t-il. Malgré leur attitude désinvolte, et leur apparente nonchalance, la musique de Pngwng Cru est subtilement, mais intrinsèquement politique. « On ne devrait pas étiqueter les artistes arabes comme seulement politiques, ce n’est pas l’image qu’on veut donner. Personnellement, je n’ai même pas envie de me mêler de politique, mais il est vrai que notre art prend sa source dans ce qui nous frustre. La galère est quotidienne. J’exprime ce que je ressens et ce que je ressens est politique »

 

 

Leur musique traduit leurs difficultés, mais Bassam avoue que sa vie et ses ambitions reposent sur un paradoxe, il pense que c’est le fait d’avoir grandi en Israël qui lui a fait considérer la musique comme une carrière viable. Leur bio sur Twitter dit (en arabe de rue) «On se fiche de la géolocalisation » parce que de part à leur mode de vie nomade, ils ne sont toujours pas surs de savoir à quel pays ils appartiennent et c’est pour ça qu’ils se définissent comme « Ibn El Internet » (Fils d’Internet). Il y a un vide dans leur identité mais les Pingouins sont déterminés à en user comme un moyen de faire bouger les choses dans le Moyen Orient. « On veut que les jeunes arabes de la région nous regardent et se disent « Moi aussi je peux y arriver ».

 

Photographie by Hugo Fazi et Anna Benarrosh

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