Enfant Du Cartel : la marque aux préoccupations politiques

Résister, oui, mais avec style

bySarah Ben Romdane

Enfant du Cartel, ce n’est pas seulement une ligne de vêtements, c’est aussi un style de vie”, nous dit Samy Rizcallah, 23 ans, co-fondateur et designer de la marque, qui ajoute : “Notre objectif est d’exprimer nos sentiments et nos opinions à travers nos créations et d’entretenir le débat avec notre public”.

 

Le tuniso-libanais Samy Rizcallah et le libano-iranien Yvan Yaghobzadeh sont les designers de la marque. Durant leur adolescence, ils fondent Enfant Du Cartel  qui est ensuite rapidement devenue un collectif multidisciplinaire réunissant tous leurs amis créateurs.

 

 

“Nous croyons que le monde est un cartel, puisqu’il est gouverné par le pouvoir de l’argent, à la manière des cartels mexicains de la drogue. Nous, nous sommes les enfants de ce monde, désireux de réussir malgré les obstacles et la corruption, et nous espérons pouvoir bâtir un monde meilleur”, explique Rizcallah, révélant ainsi la signification du nom qu’ils ont choisi pour leur marque.

 

Inspirés par leur vie quotidienne à Paris et leurs origines multiculturelles, ces designers définissent Enfant du Cartel comme une marque de “street-couture”, car son essence réside dans la fusion entre l’esthétique streetwear et le savoir-faire artisanal. Influencées par le conceptualisme de Margiela, leurs collections sont principalement fondées sur le recyclage de pièces ou d’objets afin de les reassembler et de créer un produit neuf et significatif.

 

 

“Nous sommes ‘street’ parce que nos moyens, nos matières de base proviennent de la rue, mais nous sommes aussi ‘couture’, parce que nous faisons dans l’artisanal. Nous sommes enfin ‘responsables’ parce que nous remettons en question la ‘fast-fashion’, en récupérant de vieux vêtements”, dit Rizcallah. “Nous essayons d’éviter de trop vérifier notre flux Instagram, et préférons observer la diversité culturelle et architecturale de notre ville, au lieu de stimuler notre créativité.”

 

Leur première collection a été lancée en 2016. Elle comprenait des photos prises par le père d’Yvan, Alfred Yaghbozadeh, photo-reporter, qui a surtout couvert des guerres au Moyen-Orient : ses tirages d’une femme Yazidi en armes contre Daech et d’enfants libyens habillés en soldats ont été cousues sur des t-shirts et des hoodies.

 

 

“Nous savons que ces images peuvent sembler violentes, mais elles représentent en réalité un moyen de lutter. Nous voulons combattre la stigmatisation des minorités et pousser les gens à penser de manière critique”, affirme Rizcallah.

 

En 2017, ils ont à nouveau collaboré avec le même photographe pour la sortie de leur sweat à capuche “double face”. Moins sensationnel, ce hoodie est néanmoins tout autant engagé à repousser les limites, puisqu’il montre d’un côté une femme afghane portant un niqab et de l’autre, un mannequin maquillé, dans le but de dénoncer l’objectivation des femmes et de pousser à réfléchir sur leur statut et leur émancipation dans les sociétés modernes.

 

 

Pour leur dernière création, les deux jeunes designers ont décidé de collaborer avec l’artiste émergent Leo Orta, un étudiant de l’Académie du Design d’Eindhoven. Ensemble, ils ont créé un hoodie réassemblé, conçu pour être pratique mais très confortable, et qui peut aussi être porté comme un sac à bandoulière.

 

 

“Résister, oui, mais avec style, c’est notre devise”, conclut Rizcallah.

 

Photos par Samy Rizcallah et Sebastien Yaghobzadeh

Partagez cet article